Aujourd’hui, Cerysette a eu une drôle de journée. Pas drôle dans le sens « on est une bande de jeunes on se fend la gueule à coup de hache » … Non … Drôle dans le sens pleine de trucs qui lui ont piqués les yeux et mis l’estomac à la place du cœur et le cœur à la place de la bouche.
Pas vraiment une journée de merde … Plutôt une journée qui lui a mis encore et encore les sentiments en bordel. Une journée bien dense en sentimentalisme pas primaire.
Une journée bizarre, qui fait qu’elle va aller se coucher sans trop savoir comment elle va dormir, et quel gout elle aura dans la bouche demain.
Aujourd’hui Cerysette a pris une grande décision. Une décision qui va probablement bouleverser sa vie, mais aussi celle de tous ceux qui l’entourent. Une décision lourde de sens et de conséquences. Une décision qui va tout changer ça c’est sur. Une bonne vieille grosse prise de risques.
Il y a quelques semaines, Cerysette s’est vu contrainte de faire une pièce d’identité. Pour elle et pour son Red Fish. Pour faire débloquer les fonds du crédit, il faut une Cni en cours de validité. Alors elle a œuvré à rassembler les papiers, les photos, les timbres … Tout ce qu’elle aime faire, en terme de spéléologie paperassesque. Et vu qu’elle en était à se prendre la tête dans la malle à souvenirs des trucs administratifs de sarass, elle s’est dis : tiens et si j’en profitais pour faire faire aussi une Cni au jeune branleur coq. A 11 ans il n’en a encore jamais eu, il serait temps de le faire.
Elle s’est donc rendu à la mairie du cul de son monde et a retiré les dossiers. Elle en a même pris un pour la grumette … tant qu’à faire.
La nana de l’état civil a été assez sympa : Madame Des Bois, vous n’avez aucun jugement montrant que vous avez l’autorité parentale exclusive … cela va poser un problème. On va essayer de passer au travers mais je ne vous promets rien.
Fort de son expérience en traficotage, Cerysette a pris le risque de produire un papier un peu chelou, émis à son nom de jeune fille, ce qui aurait pu vouloir dire qu’elle était encore avec l’enculé le père du grumeau.
C’était un peu présomptueux …. Forcement la demande a été rejetée … Cerysette a reçu ce midi une demande de mise en conformité accompagnée d’un papier l’encourageant à régulariser sa situation « pour le bien de l’enfant ainsi que pour sa pérennité familiale »
Alors Cerysette a pété les plombs. Lasse de ces scènes à répétition, qui durent depuis maintenant 11 ans … 11 ans de trafics en tous genres, de passages au travers des mailles du filet, de remu-méningeries intenses afin d’éviter tous contacts et surtout toutes prises de risques … Cerysette cette après midi a décroché son téléphone pour enfin, après tant et tant d’années, dire à ce
fils de pute géniteur
de mes deux, que ayé : elle saisie le juge des affaires familiales afin de régulariser la situation de son fils.
-Allo ? C’est la maman d’Arthur, je te dérange ?
- Oui ! qu’est ce que tu veux ?
- Voila c’était pour te prévenir … Je vais (enfin !!) saisir le juge pour regulariser la situation. Ne sois pas étonné de recevoir un papier. On te demandera probablement de venir, je ne sais pas si tu seras forcé de le faire …
- OK
- Enfin je pense que tu n’as pas changé de position ?
-Non
- Ok …. Bon bah voila… Au revoir alors.
- C’est ça, au revoir.
Arthur était à coté. Cerysette lui a demandé s’il voulait dire un mot à son
enfoiré de père. Il a juste répondu : non, je dirai des choses que je pourrai regretter, et de toutes façons je n’ai rien à lui dire. De son coté
l’enculé le géniteur concerné n’a encore une fois même pas demandé des nouvelles de son fils. Voila. Cerysette a juste failli gerber un peu sur son parquet pas vitrifié, mais elle a reussi à se contenir
et à aller jusqu'aux chiottes. Victoire !
Voila …. Cerysette va donc le faire. Cerysette va aller prendre le risque de tout boulversifier pour obtenir le sésame de la liberté. Cerysette commence déjà à chier dans son froc.
Plus tard dans l’après midi, Cerysette est allée au cinoche avec son grumeau, pour voir Le Petit Nicolas, et il ne l’a pas vu, mais elle a beaucoup pleuré durant ce film si émouvant et pourtant si drôle. Elle a revu son ancien quartier, là où elle habitait quand tout allait si mal et pourtant ça lui a fait chavirer le galiwok.
Plus tard dans l’aprèm, en sortant du cinoche elle a croisé son agent immobilier qui allait voir This is It et elle s’est dit que forcement … sa maison n’était pas prête d’être vendu … à ce rythme là.
Plus tard dans l’aprem Cerysette a croisé son faiseur de bébé. Elle s’est dit qu’il était curieux sans sa blouse et qu’elle allait le voir bientôt dans d’autres conditions plus pénibles et ça lui a foutu le trouillometre à zéro.
Plus tard dans l’aprèm, et on était déjà le soir, Cerysette a regardé Greys Anatomy et elle a encore été confronté au problème de la loi. De ce qui doit être fait parce que et uniquement parce que c’est comme ça que ça doit être fait, même si c’est grotesque, et même si ça fait mal à plein de gens et à plein d ‘endroits. Et Cerysette encore une fois s’est demandé à quoi ça rimait toutes ces choses qui justement ne riment à rien. Tout ce merdier qui n’arrive que parce que c’est ainsi. Que parcequ’une bande de bouseux a décidé que c’était comme ça que ça devait être parce que c’est « politiquement correcte ». Et elle sait que c’est ce « politiquement correct » qui fera que peut être son grumeau sera forcé d’aller voir son
enfoiré de géniteur et que ce dernier va pouvoir en profiter pour finir de lui ruiner le cerveau … Parce que c’est comme ça que ça doit être fait. Et ça lui a fait un trou dans le ventre. A l’endroit ou avant y’avait encore un brin de croyance en l’être humain humanisé un peu urbain.
Alors plus tard, et c’est déjà maintenant, elle a demandé à son Red Fish d’aller se coucher, parce qu’il était déjà tard, et qu’elle avait besoin de pleurer un peu, beaucoup, et pas tellement passionnément. Et elle tremble un peu, sur son canapé froid, en se disant qu’elle a juste … ouvert les portes de l’enfer.
Et d’un coup … Elle n’est plus sur d’elle du tout.